« Le travail est une forme d’organisation de travail utilisant les technologies de l’information dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors des locaux de l’entreprise de façon régulière. »

Tel est défini le télétravail dans l’accord-cadre européen du 16 juillet 2002, repris et développé par l’Accord National Interprofessionnel (ANI) du 19 juillet 2005. Désormais, une loi, adoptée en première lecture, le 9 juin 2009 par l’Assemblée Nationale, reprend les dispositions essentielles de l’ANI et confère aux télétravailleurs un véritable statut, avec un contrat ou un avenant au contrat de travail et une réversibilité, si l’employé désire retourner en entreprise, mais une base volontaire obligatoire.

L’avènement du télétravail avec les outils 2.0

Existant bien avant le développement d’Internet et du haut débit, le télétravail fonctionnait déjà avec le téléphone, le fax et le minitel, mais l’isolement du salarié était souvent un facteur bloquant son essor et cela, malgré une réduction du stress et la facilité de concilier ainsi, famille et travail. On lui reprochait également la désocialisation, inhérente à ce mode d’organisation et le « risque d’oubli » par l’employeur, d’un salarié œuvrant en dehors du cercle de travail conventionnel.

Par contre, du point de vue de l’entreprise, le télétravail ne pouvait représenter que des avantages : moins d’espaces à louer et augmentation de la productivité et de l’efficacité. C’étaient là les principaux arguments en sa faveur.

Mais aujourd’hui, le marché de l’emploi et la crise imposent la recherche et le développement de nouvelles formes de travail. Avec Internet et la technologie 2.0 (le web d’aujourd’hui et l’utilisation des outils type réseaux sociaux), les inconvénients du télétravail s’effacent… En effet, la nouvelle mouvance requiert l’adoption de plateformes de collaborations pour la gestion de projets, par exemple, agrémentée de l’utilisation d’outils de communication synchrones comme le VoIP, la téléconférence ou le partage d’écran. Le recours à ces pratiques permet de limiter les désagréments quotidiens inhérents aux mails, aux collègues qui passent inopinément dans le bureau ou encore aux coups de fils intempestifs, qui perturbent la concentration et nuisent à la productivité. L’isolement – principal inconvénient du télétravail – n’a plus cours : le télétravailleur fait partie intégrante de l’entreprise, grâce à tous ces outils. Du point de vue de l’employeur, il permet également de concrétiser les échanges informels, en les rendant visibles par tous les collaborateurs. Ainsi, les avancées obtenues, au hasard d’une conversation à la cantine ou à la machine à café, apparaissent désormais, par écrit, et sont disponibles à la consultation. Par ailleurs, la désocialisation, reprochée au télétravail d’avant, est largement compensée par les nombreuses interactions sociales et enfin, la peur de l’oubli est palliée, par un suivi tangible des versions et des contributions du salarié.

De nos jours, il serait plus juste de parler de e-travail que de télétravail, car c’est un travail qui s’appuie sur Internet, avec cette notion phare de travail collectif - ou en réseau - qui entretient l’esprit d’équipe d’une entreprise.

Le développement du télétravail dans le monde et en France

Selon l’entreprise américaine Gartner Inc, intervenant pour le conseil et la recherche, dans le domaine des techniques avancées, le télétravail connaît une pénétration de 28 % aux Etats-Unis, en 2010 : un essor favorisé par une conjoncture particulière (prix de l’essence, récession économique, développement de la mobilité et d’Internet haut débit). Ce taux reste cependant inférieur à celui des Finlandais (32,9 %) et des Belges (30,6 %). En Europe, avec une pénétration moyenne de 18,3 %, en 2010, la France affiche l’un des plus mauvais résultats (8,9 %) avec l’Italie (5,5 %)

Le principal frein à l’adoption d’une telle pratique est essentiellement culturel : en France, on est très attaché à son lieu de travail et on cultive, pour les salariés, la peur d’être invisibles et, pour les managers, celle d’une perte de contrôle. Mais, d’après une étude menée par l’INSEE et publiée le 19 mars 2008, ce mode d’organisation professionnel progresse dans les entreprises françaises et 22 % de celles qui sont munies d’ordinateurs, y ont déjà recours.

Avec l’arrivée de la « génération net » ayant davantage un esprit « web communautaire » ou « web 2.0 », le télétravail devrait, progressivement, se généraliser. En effet, son intérêt, aujourd’hui, semble être reconnu par tous, que ce soit d’un point de vue économique (productivité accrue, souplesse et liberté d’organisation), ergonomique (qualité de vie, permettant d’allier vie de famille et carrière professionnelle, pas de transports) ou écologique (qui dit « pas de transport » dit moins de bouchons, moins de libération de CO2, etc.). En contre partie, ce sera au salarié de trouver le timing idéal pour bien « vivre » quotidiennement le télétravail. Un investissement personnel motivant face aux avantages précités des nouvelles technologies, associés au nouveau statut administratif.